manifestations du 17 octobre : la CGT annonce 500 000 manifestants en France, où des cortèges paisibles côtoient de nombreuses scènes de chaos
Dans la capitale, mais aussi à Lille, Lyon et Marseille, de fortes tensions ont été signalées par nos journalistes sur le terrain. Des destructions ont aussi été observées dans les grandes villes
nantes
Sur les derniers mètres du boulevard du Temple, aux abords de la place de la République, une foule jeune et souvent habillée en noir tire des feux d’artifice en direction des forces de l’ordre, qui essaient tant bien que mal de laisser approcher les pompiers qui viennent évacuer des blessés sous les acclamations.
Certains s’esclaffent en disant : « J’veux m’faire charger » par la police. Lors des tirs de grandes lacrymogènes, tous s’enfuient malgré les injonctions d’habitués qui leur lancent : « Ne courez pas. » Certains manifestants, âgés, brandissent des drapeaux appelant à la révolution en scandant : « Unité, unité ! » Personne ne les écoute.
Après la dispersion des gaz, tout le monde essaie de retourner sur la place de la République.
A Rennes, fin de manifestation mouvementée : « Des violences ? Mais qui sont les violents ? »
Anne, la quarantaine, se dresse face à une ligne de gendarmes qui bloque l’accès à la place de la République à Rennes (Ille-et-Vilaine). Depuis 15 heures, la capitale bretonne baigne dans la confusion et le gaz lacrymogène. Anne observe les forces de l’ordre utiliser un camion à eau pour faire reculer des centaines de manifestants violents. Ces derniers ramassent des pavés pour les jeter. Les forces de l’ordre chargent.
Anne hurle : « Vous faites n’importe quoi avec vos armes de guerre. Pour quelques casseurs, vous chargez et nous empêchez de manifester ! » La rangée de gendarmes reste stoïque aux invectives. Une retraitée vêtue d’un chemisier rose s’approche avec des capsules de grenades lacrymogènes et abonde : « Regardez ce que vous jetez sur nos enfants. Marre des violences policières. Honte à vous ! »
Jean-Pierre, un retraité, s’interpose : « Vous dites n’importe quoi ! Les flics font ce qu’ils peuvent. Rennes est un champ de bataille. Vous parlez de violences ? Mais qui sont les violents ? » Le trio se lance dans une discussion de sourds. Le ton monte.
Soudain, de nouveaux jets de grenades lacrymogènes claquent au loin en réponse à des tirs de mortiers d’artifice. Les affrontements ont désormais lieu en tête du cortège composé d’au moins 10 000 personnes. Les gendarmes chargent avant de reculer, visiblement dépassés. Des manifestants violents les coursent. A 17 h 30, de violents affrontements se poursuivent dans Rennes.
Des milliers de manifestants ont défilé pacifiquement dans les rues de la préfecture du Doubs, samedi. Au départ de la place de la Révolution, noire de monde dès 14 heures, les rangs se sont étoffés durant la déambulation, sous les sourires et les bravos de certains commerçants. Au moins 5 000 personnes étaient présentes selon un premier compte réalisé par la radio locale ICI Besançon.
Le cortège composé de lycéens, d’étudiants mais aussi de familles avec enfants et de personnes âgées ou de personnes en fauteuil roulant a traversé la ville en passant sous la citadelle et s’est arrêté aux alentours de 16 h 15 dans la rue de la Préfecture.
Depuis, des jeunes essentiellement lycéens et étudiants, jouent au chat et à la souris avec les forces de l’ordre. Ils crient « ACAB », « tout le monde déteste la police », tirent des feux d’artifice… Une poubelle a pris feu. En face, des tirs de gaz lacrymogène ont été réalisés par les forces de l’ordre devant la porte de la préfecture. L’excitation est palpable, les téléphones portables brandis haut pour immortaliser la scène et la poster sur TikTok, certains crient : « Révolution ! » La rue refoule progressivement.
A Paris, des scènes de chaos boulevard de Sébastopol
A Paris, les lieux de mobilisations se multiplient mais ne se ressemblent pas. Boulevard de Sebastopol, des scènes de chaos se déroulent depuis plus d’une heure. Les policiers, en sous-nombre, ont dû noyer le quartier de gaz lacrymogène pour s’extraire, laissant place à des dégradations et à l’élévation de barricades.
Le Monoprix et le McDonald’s y ont été saccagés et pillés. Certains manifestants sont montés à la confrontation, galvanisés par leur surnombre considérable en comparaison avec des sections de policiers parfois bien isolés comptant seulement une douzaine de personnes.
Des scènes qui contrastent avec l’ambiance place de Clichy, où le cortège principal arrive paisiblement, ou avec d’autres lieux de rendez-vous, à l’instar de la place de la Nation.
A Paris, « les étudiants ne sont pas pris au sérieux par le gouvernement »
Sophie, lycéenne à Paris, lit tout haut le message qu’elle a inscrit sur sa pancarte en carton : « La justice sans la force est impuissante et la force sans la justice est tyrannique. » « J’ai choisi une citation tirée des Pensées de Blaise Pascal pour montrer que, non, la gen Z n’est pas écervelée », explique-t-elle.
« Qu’est-ce que vous attendez pour écouter les maux de la jeunesse ? », « Main dans la main pour la France de demain », « Soutien à la jeunesse, quoi qu’il en coûte »… La plupart des messages portés par les lycéens et les étudiants résonnent comme un appel à l’aide.
Pour Flavio Ferraro, étudiant en géographie à Sorbonne Université, « les étudiants ne sont pas pris au sérieux par le gouvernement, car en tant que jeunes, ils manqueraient de maturité ». « Macron y voit une sorte de poussée, de crise d’adolescence montée par les réseaux sociaux, alors que ce n’est pas du tout cela », dénonce-t-il. « Il y a un mépris envers les appels à l’aide des étudiants et des lycéens », estime Yohann, salarié dans le secteur alimentaire, qui se rappelle avoir contesté, en tant que lycéen en 2018, la mise en place de Parcoursup.
Lucie et Thomas, tout juste diplômés d’HEC, affichent leur soutien. « Nous avons conscience d’avoir été des étudiants privilégiés et d’avoir un devoir de solidarité », explique Lucie. Pour la première fois, une trentaine d’élèves de cette grande école de commerce ont « bloqué symboliquement » l’établissement cette semaine. « Cela a fait beaucoup de bruit alors que depuis trois semaines, il y a des blocages dans toutes les universités. C’est comme si une parole valait plus qu’une autre », observe-t-elle.
Si les écoles de commerce à 20 000 euros l’année ne sont « pas touchées par les coupes budgétaires au même titre que les universités », les élèves d’HEC ne sont pas pour autant tous des « privilégiés ». « Je fais partie des étudiants qui ont financé leurs études par l’emprunt, témoigne Thomas, dont la mère est enseignante. Nous sommes piégés par la dette et obligés, une fois diplômés, d’aller travailler dans certains secteurs qui rémunèrent davantage comme le conseil et la stratégie, ou la banque d’affaires. Je dois rembourser 1 000 € par mois en plus de payer mon loyer et j’ai donc pris cette voie-là qui ne me fait pas rêver du tout, en espérant pouvoir un jour réaliser mon ambition de travailler dans l’édition des médias. »
Mobilisation du 17 octobre : « Plus de 500 000 » manifestants en France, selon la CGT
La mobilisation de ce samedi 17 octobre a réuni « plus de 500 000 » manifestants en France, a annoncé la CGT peu après 17 heures.
A Paris, la CRS 8, spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines, déployée
La Préfecture de police de Paris a confirmé le déploiement de la CRS 8, spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines, dans le secteur des Halles.
« Il était anticipé une grande mobilité des cortèges et donc un dispositif agile avec des compagnies qui interviennent systématiquement pour rétablir le calme », fait valoir la préfecture.
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A Bordeaux, « je ne comprends pas comment le gouvernement peut rester aussi inconscient face à la situation actuelle »
Les affrontements se poursuivent à Bordeaux. Place de la victoire comme sur les différents grands axes de la ville, les manifestants font face aux forces de l’ordre. Estelle, Anais et Mathilde, toutes trois étudiantes à Sciences Po, se tiennent à distance des affrontements, tout en refusant de quitter la mobilisation. « Je me vois mal rentrer chez moi, si tout le monde rentre chez lui c’est donner au gouvernement ce qu’il veut », exprime Mathilde, 21 ans.
« Dans le cortège, c’était très bonne ambiance, et on s’est à nouveau fait gazer. On est venues en soutien aux lycéens, pour faire face aux violences des forces de l’ordre. Mais aussi, en vue des présidentielles, de faire front aussi contre l’extrême droite », poursuit-elle. Elle dénonce notamment le manque de moyens dans les lycées, la logique de Parcoursup, « des jeunes qui ne trouvent plus beaucoup de sens dans leurs études. Je m’interroge sur la place de l’école et de l’éducation. Il faut redonner du sens. »
La jeune fille espère que les vacances de la Toussaint n’éteindront pas le mouvement, « que ça va tenir, ça se serait trop dommage que ça revienne à la normale comme si de rien n’était. Ça donnerait raison à ceux qui dénoncent ce mouvement. Je ne comprends pas comment le gouvernement peut rester aussi inconscient face à la situation actuelle. Qu’est-ce qu’il leur faut de plus pour répondre aux demandes qui leur sont adressées ? La seule réponse est la répression avec violence, de condamner les violences, tout en occultant totalement la souffrance des gens. C’est pathétique. »
La préfecture indique 7 000 manifestants dans le cortège de la manifestation déclarée. Un chiffre bien sous-estimé, selon les jeunes femmes.
Affrontements et début de panique dans les rues toulousaines, où 32 000 personnes ont manifesté, selon la préfecture
A Toulouse, de violents affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants se déroulent depuis 16 heures. Alors que le cortège arrivait à son terme, la police a tenté de bloquer des groupes autonomes. Cédric Caubère, le leader départemental de la CGT, dénonce « une attaque des leaders syndicaux par la police ». Selon un premier bilan, ces heurts ont fait quatre blessés, tous rapidement évacués.
Alors que la préfecture a annoncé 32 000 participants, d’autres affrontements sont en cours, cette fois-ci dans le centre-ville. Dans le quartier Saint-Cyprien, un barrage de CRS, pris en tenaille par des manifestants, souvent très jeunes, tous cagoulés, use de tirs de lacrymogènes pour tenter de disperser une foule très dense. Le chemin vers les quartiers Esquirol ou des Carmes étant ouverts, des centaines de jeunes en prennent la direction, en chantant « ACAB », faisant craindre une fin d’après-midi chaotique.
A Rouen, « on veut faire comprendre aux élites que désormais, on est uni, et qu’on est nombreux »
A Rouen, les deux rassemblements prévus de chaque côté du pont Jeanne-d’Arc à 14 heures (lycéens, étudiants, partis politiques, syndicats d’un côté, et plutôt « gilets jaunes » de l’autre) ont fusionné dans un seul cortège dense, très divers en âge et en origines, pour sillonner le centre-ville.
Si la cherté de la vie est sur toutes les lèvres, l’effroi face à la violente réponse des forces de l’ordre au mouvement lycéen est un autre ciment commun. « Vivre en France coûte un bras, t’en plaindre coûte un œil », lit-on sur une pancarte, dans un parfait résumé du sentiment général de plus être écouté, de ne plus pouvoir s’exprimer.
« On criminalise le fait de manifester, on ne nous écoute plus », déplore Adeline, 38 ans, qui vit du RSA. « On est bridé de tous côtés, on n’est plus en démocratie », regrette une fonctionnaire. « On est là pour travailler, payer et fermer notre gueule », renchérit un magasinier. « On vit dans un Etat oligarchique qui nous fait crouler sous les taxes, mais n’écoute pas la souffrance de son peuple, on se sent méprisé alors que c’est nous qui faisons vivre le pays, estime encore Alexandre 35 ans, artisan-plombier autoentrepreneur. Mais, aujourd’hui, on veut faire comprendre aux élites que, désormais, on est uni, et qu’on est nombreux » « Notre objectif aujourd’hui, c’est d’être entendu, dit Farida, 35 ans, assistante d’éducation dans un lycée. Le peuple a perdu du pouvoir durant ces derniers quinquennats et on doit le récupérer. »
Après un défilé dans une ambiance joyeuse et sans heurt, avec un dispositif policier très léger − ou invisible −, l’ambiance s’est tendue peu après 15 h 30 et le premier gros incendie de poubelle rue Jeanne-d’Arc, puis des jets de pavés, auxquels ont répondu des lacrymogènes.
La Préfecture de police de Paris affirme avoir « refoulé » un cortège qui se dirigeait vers l’Elysée
Un cortège non déclaré a été « refoulé » samedi par les forces de l’ordre alors qu’il se dirigeait vers le palais de l’Elysée, a annoncé la Préfecture de police de Paris. Les forces de l’ordre ont refoulé ce cortège à l’angle de la rue Boissy-d’Anglas et de l’avenue Gabriel. Ces manifestants, dont le nombre n’a pas été précisé, ont été dispersés, a ajouté la préfecture.
Pour cette journée de mobilisation contre « la vie chère », la préfecture de police a pris des arrêtés d’interdiction de manifester dans plusieurs secteurs sensibles de la capitale, dont les abords de l’Elysée et de Matignon. Lors du mouvement des « gilets jaunes » de l’automne 2018, l’Elysée était un point particulièrement ciblé par les manifestants.
À Bordeaux, des manifestants veulent « faire comme à Marseille et prendre l’hôtel de ville »
À Bordeaux, la mobilisation est dispersée sur plusieurs axes, les manifestants se faisant gazer sur le parcours. Devant l’hôtel de ville, gardé de près par les forces de l’ordre, des manifestants veulent « faire comme à Marseille et prendre l’hôtel de ville ». Les canons à eau ont été utilisés pour dissuader toute action.
Place de la Victoire, censée être le point d’arrivée de la manifestation, là aussi les manifestants sont stoppés par des salves de gaz lacrymogène. Ils avancent, reculent, ne savent plus où aller, tout en revendiquant leur droit à manifester, et sans vouloir abandonner.
Le cortège parisien qui suit l’itinéraire autorisé par la préfecture de police poursuit tranquillement son chemin vers la place de Clichy
Le cortège qui remonte le boulevard de Magenta est si dense qu’il a débordé comme une rivière de son lit vers les rues adjacentes, où de nombreux manifestants empruntent des itinéraires bis en espérant rejoindre la place de Clichy.
Les violents heurts et les dégradations matérielles qui continuent d’avoir lieu place de la République sont désormais loin derrière. L’ambiance est totalement pacifique au sein du cortège. Calme et patiente, la foule avance d’un pas lent au rythme des slogans, dont les plus populaires sont les chants antifascistes ou hostiles à la police.
A Lille, brève intrusion de manifestants dans la mairie, des locaux saccagés
Des manifestants ont forcé plusieurs entrées de la mairie de Lille, en cassant des portes vitrées, et certains ont réussi à y pénétrer en saccageant une partie des locaux avant de s’enfuir rapidement, a constaté un journaliste de l’Agence France-Presse.
Quelques minutes plus tard, des CRS sont entrés dans le bâtiment pour vérifier que plus aucun manifestant ne s’y trouvait. De violents affrontements entre plusieurs centaines de manifestants et des CRS ont également lieu depuis 14 heures dans le centre-ville de Lille, en marge d’un cortège pacifique, parti vers 15 heures.
Marine Le Pen dénonce « une prise d’otage par l’extrême gauche » des « revendications sociales légitimes »
« Les revendications sociales légitimes ont une nouvelle fois été prises en otage par l’extrême gauche et les discours des députés de Jean-Luc Mélenchon qui, en légitimant la violence, en considérant l’ordre comme une oppression et le désordre comme un droit, cherchent à précipiter le pays dans le chaos », a assuré sur X la candidate du RN à la présidentielle, Marine Le Pen.
Le président du parti d’extrême droite, Jordan Bardella, a, lui, a estimé sur X que « seuls les professionnels du chaos » étaient dans les rues samedi, et pas « la France du travail », tandis qu’Eric Ciotti, allié du RN, a dénoncé « le fascisme rouge » dans la rue aujourd’hui.
Environ 20 000 manifestants recensés à Lyon, selon la préfecture de police
La Préfecture de police de Lyon fait état samedi, à 16 heures, de 20 000 manifestants ayant pris part aux cortèges et aux débordements. Cette participation est comparable à celle de la plus forte manifestation des lycéens.
📷 Quelques tensions à Lille entre forces de l’ordre et manifestants
A côté des violences, place de la République, des manifestants tentent de rejoindre des cortèges pacifiques
Entre les importants effectifs de forces de l’ordre, les poubelles en feu et les nuages de lacrymogène, une importante foule venue manifester pacifiquement semble chercher son chemin autour de la place de République, où les détonations se succèdent.
Un groupe de trentenaires, pancartes en main, cherche un cortège à rejoindre. On lui apprend que le cortège officiel est parti pour la place de Clichy deux heures plus tôt. Pour le rejoindre, il va falloir contourner la place de la République par des petites rues toujours densément remplies.
Place de la Bastille, un cortège non déclaré termine sa déambulation autour de 16 heures, où la place est à moitié remplie. Dans une ambiance calme, malgré des tirs de mortier d’artifice, des manifestants commencent à grimper sur la colonne de Juillet. Certains autres poursuivent leur route rue du Faubourg-Saint-Antoine, où une longue file ininterrompue de marcheurs prend la direction de la place de la Nation aux cris de « Macron démission » et de « Paris soulève toi ». L’ambiance est calme et les forces de l’ordre n’étaient pas visibles autour
Jean-Luc Mélenchon et plusieurs cadres de La France insoumise parmi le cortège parisien
Le candidat de La France insoumise à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, a rejoint le cortège parisien, au côté de plusieurs cadres et élus du parti, parmi lesquels Manuel Bompard, Louis Boyard, Mathilde Panot et Bally Bagayoko.
Auparavant, sur X, il avait dénoncé le traitement médiatique de la mobilisation : « Pendant que les chaînes d’info inondent d’images de violence dans des dizaines de villes, tout se déroule dans le calme avec des dizaines de milliers de gens calmement mobilisés. Deux mondes, deux réalités. »
A Paris, l’Union syndicale lycéenne et l’Union étudiante veulent « s’inscrire dans la tradition de Mai 68 »
En tête du cortège des lycéens et des étudiants, Ryad Rani, président de l’Union syndicale lycéenne (USL) et Sabrine Kharbach, porte-parole de l’Union étudiante, parlent d’une « déferlante » pour qualifier la journée du 17 octobre. « Aujourd’hui, les Français et les Françaises lèvent enfin la tête de dix ans d’attaques. Ça nous déborde, ça va dans tous les sens et c’est ce qu’il faut. Parce qu’on s’inscrit dans la tradition de Mai 68, s’enthousiasme Sabrine Kharbach. [Emmanuel] Macron voulait qu’on traverse la rue, on l’a traversée, mais pour une bonne raison, pour venir prendre la place de la République et pour dire qu’on ne nous divisera pas, malgré toutes les stratégies, [malgré ceux qui disent] : “Qu’est-ce que vous faites avec les ‘gilets jaunes’ ?” »
« Les gouvernements, par le passé, ont toujours misé sur la pluie ou les vacances scolaires pour faire perdre les mouvements de jeunesse, souligne Ryad Rani. Moi, ce que je leur dis, c’est : “Ne pariez pas trop vite, parce que la jeunesse, quand elle est dans la rue, c’est plus compliqué de la faire rentrer, surtout quand on lui apporte une seule réponse, qui est la répression”. » Le leader lycéen en veut au ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, qui veut « museler la voix de cette jeunesse et des milliers de Français », alors qu’on voit que « les gens en ont marre de la casse des services publics depuis neuf ans ».
« L’éducation nationale, en neuf ans, c’est huit ministres, dont pour moitié on ne se souvient même plus du nom parce qu’ils n’ont rien fait », poursuit le lycéen. Depuis le 5 octobre, une plateforme intitulée « Les revendications de la jeunesse, dix mesures d’urgence », a été lancée, pour servir de « base de travail avec le gouvernement ». « Elle est déjà signée par près de 90 000 personnes », fait savoir Sabrine. « On a montré notre sérieux, on a budgétisé les mesures, on a analysé les choses, les revendications sont claires, complète Ryad Rani. Mais chaque proposition qu’on met sur la table est balayée d’un revers de main par le ministre de l’éducation nationale. »
Quant à la plateforme de consultation des lycéens lancée par Edouard Geffray, il ne faut rien en attendre, d’après le président de l’USL. « La question que je pose, c’est : “Où sont les passés les cahiers de doléances des gilets jaunes ?” Enterrés six pieds sous terre dans les préfectures et en train de prendre de la poussière. Eux se battaient pour le prix de l’essence ? Regardez le prix d’essence aujourd’hui. Tout le monde en a marre et c’est pour cela que tout le monde nous rejoint. »
Alors que le ministère de l’enseignement supérieur prévoit de mettre en place un « groupe de travail » sur Parcoursup la semaine prochaine, la porte-parole de l’Union étudiante se montre ferme : « Nous, ce qu’on veut c’est l’abrogation de Parcoursup pour en finir avec leur système de tri qui sélectionne, qui nous rejette de l’université. Le bac est censé nous garantir une licence et la licence est censée nous garantir un master. C’est ça la promesse républicaine. »
A Lyon, des scènes de plus en plus violentes place Bellecour, des boutiques vandalisées, et une multiplication de cortèges
Des scènes de plus en plus violentes éclatent place Bellecour. Alors que l’office de tourisme se consume depuis plus d’une heure, et que les sapeurs-pompiers arrivent difficilement sur place, des charges policières répondent aux assauts de groupes hostiles, par vagues incessantes. Les forces de l’ordre utilisent des grenades de désencerclement et un canon à eau pour faire reculer les groupes. Plusieurs personnes ont subi des malaises respiratoires à cause de la densité de gaz lacrymogène.
La situation dégénère. Des groupes ont quitté la place par des rues adjacentes, et plusieurs boutiques ont été vandalisées sur leur passage, notamment autour de l’hôtel Sofitel et dans la rue Victor-Hugo, une artère piétonne commerçante. Pendant ce temps, d’autres cortèges se forment ailleurs dans la ville, de manière aléatoire, sur les quais du Rhône ou vers la place des Terreaux, au son d’une fanfare ou avec des pancartes rappelant la mobilisation lycéenne, dans un mélange confus de revendications sociales, de déambulations festives et de rage provocatrice.
Après des heures de tension, le calme revient place de la République à Paris
A Lyon, après de nombreux assauts contre ses vitres, l’office du tourisme a été incendié
Les flammes ont ravagé le bâtiment et une épaisse fumée s’est élevée de la place Bellecour. Cet incendie a déclenché une pluie de grenades destinée à disperser les casseurs. Peu après 15 heures, une intervention des pompiers a débuté pour éteindre le feu
Paris : la tête du cortège parti de la place de la République arrive place de Clichy, selon la préfecture de police
A Paris, la tête du cortège qui s’est élancé de la place de la République est arrivée place de Clichy, selon le tracé autorisé par la Préfecture de police de Paris. Plusieurs autres cortèges non déclarés ont été repérés dans la capitale, fait savoir la préfecture. « La très grande majorité des individus manifestent sans heurt », note-t-elle.
Selon elle, la majorité des individus hostiles se concentrent place de la République, où des affrontements se sont déclarés dès le milieu de la matinée. Les forces de l’ordre y ont fait usage d’un engin lanceur d’eau et de gaz lacrymogènes. Par ailleurs, plusieurs incendies ont été traités par les pompiers.
La mobilisation du 17 octobre est partie d’une vidéo virale publiée sur le réseau social TikTok, publiée au début du mois de septembre, et appelant à une mobilisation à cette date. Puis, sur fond d’envol du prix de l’essence et de renchérissement du coût de la vie, l’appel pour le 17 octobre a surfé sur le souvenir du mouvement inédit des « gilets jaunes » en 2018-2019.
Sur le site 17octobregiletjaune.net, l’appel à la mobilisation s’adresse ainsi à la fois aux habitants des quartiers, aux paysans, aux ouvriers ou aux retraités, qui sont invités à descendre dans la rue et à se rendre sur des ronds-points ou autour de stations-services, de péages ou d’axes de circulation.
Plusieurs figures emblématiques du mouvement originel des « gilets jaunes », comme Priscillia Ludosky, Maxime Nicolle, Eric Drouet ou François Boulo, l’ont ensuite soutenu face à l’ampleur des manifestations lycéennes et aux violences avec les forces de l’ordre.
Cet appel a aussi rencontré la protestation des lycéens et étudiants, qui, depuis la mi-septembre, réclament de meilleures conditions d’études. Sur les réseaux sociaux, le mot d’ordre « gilets jeunes » apparaît largement relayé par un visuel viral appelant à la convergence des revendications, gonflant l’appel à mobilisation du 17 octobre.
A Paris, un cortège pacifique remonte l’avenue Parmentier et croise une brocante
Un cortège – très calme – qui devait rejoindre la place de la Nation ne s’y rend pas. Il oblique par la rue du Chemin-Vert et repart par l’avenue Parmentier, où se déroule une brocante. La foule reprend les traditionnels slogans de manifestation dans une ambiance bon enfant, sans présence policière visible. Certains participants avouent ne rien comprendre au parcours. A l’angle de la rue Oberkampf, le stand d’un vendeur de vinyles diffuse Antisocial, de Trust.
A Rennes, « notre fils lycéen nous a convaincus d’exprimer notre ras-le-bol »
Soizic et Nicolas, 48 ans, se hissent sur la pointe des pieds pour observer la place de la République, à Rennes (Ille-et-Vilaine). Elle est noire de monde. La foule déborde dans les rues adjacentes. Le couple s’étonne : « Nous sommes stupéfaits par l’ampleur de la manifestation. Notre fils lycéen est mobilisé depuis plusieurs semaines dans le blocus de son bahut. C’est lui qui nous a convaincus de venir soutenir sa cause et d’exprimer notre ras-le-bol. Marre de ce bordel qui dure depuis plus de dix ans. Marre de voir notre pouvoir d’achat décliner. »
Soizic et Nicolas n’ont pas participé au mouvement des « gilets jaunes », mais s’en disent sympathisants. Lui est vendeur de pièces détachées pour camion. Elle travaille aussi dans le commerce. Ils manifestent pour la première fois de leur vie. Habitant dans une zone pavillonnaire d’une commune de la banlieue rennaise, ils se plaignent de leurs petits salaires qui ne leur permettent plus de vivre « sereinement » : « Avant, on remplissait le chariot de courses pour 150 €. Maintenant, il faut compter 200 €. Nos pleins d’essence coûtaient 60 €. Désormais, ça monte à 100 €. Ce gouvernement ne peut plus grand-chose, mais les prochains doivent entendre notre colère. On est prêts à sortir dans la rue. »
« Je suis en colère, et Dieu sait que je ne suis pas contre la police, mais là, ce qu’il se passe, c’est lamentable », avance d’emblée Sandrine, 58 ans, les yeux rougis par les gaz lacrymogènes. A ses côtés, Julie, 45 ans, orthophoniste, Armelle, 48 ans, responsable d’un service commerciale, Iris, 35 ans, assistante sociale, s’interrogent : faut-il rester dans la manifestation, sous peine de se faire gazer, ou rentrer chez soi ?
« Ils ont gazé direct, alors qu’il ne se passait rien. Il y a des parents avec leurs enfants… Clairement, on nous interdit de manifester », expriment-elles à l’unisson. « Assistante commerciale, je suis là pour le pouvoir d’achat, pour dénoncer le prix de l’essence et pour mes enfants. Mais on n’a pas le droit d’exprimer notre mécontentement », poursuit Sandrine. « Ma fille est au lycée, elle veut venir manifester, mais elle a peur », ajoute Julie.
« C’est une manifestation avortée avant même qu’il y en ait une. C’est bannir nos droits. S’ils pensent que ça va éteindre le mouvement, ils se trompent. Ça va être pire, je ne vois pas comment ça va calmer la colère. Bien au contraire. Il y a tellement de thématiques pour lesquelles on peut venir dans la rue » poursuit-elle.
Pendant ce temps, le cortège est parvenu à avancer cours Victor Hugo, dans le centre de Bordeaux. Et la foule ne s’est pas démobilisée, bien au contraire.
A Toulouse, un arc-en-ciel de revendications au cœur du cortège
Après quelques heurts sur les allées Jean-Jaurès, la manifestation toulousaine s’est élancée, direction le quartier Saint-Cyprien. Un fonctionnaire de police, chargé des relations avec les syndicats, se dit « très inquiet. Depuis ce matin, des groupes autonomes tentent de semer le chaos », selon lui. Lycéens, étudiants, fonctionnaires et surtout beaucoup de jeunes forment une manifestation très colorée. La députée (LFI) de la deuxième circonscription de Haute-Garonne, Anne Stambach-Terrenoir, est à la tête d’un important groupe « insoumis ». « La jeunesse est en colère, mais aujourd’hui ce sont toutes les batailles qui convergent », estime-t-elle.
En tête de manifestation, Franck, 28 ans, accompagne deux dames en fauteuil roulant. Lui-même malvoyant, bénéficiant de l’allocation aux adultes handicapés, il vient pour « soutenir ces luttes totalement justifiées ». Après avoir repris des études d’histoire à l’université, il dénonce « une dégradation générale des conditions à la fac, dans les salles, l’accessibilité, jusqu’à la baisse de motivation des enseignants ». Moins présentes qu’à l’habitude sur le parcours, les forces de l’ordre ont cependant organisé un imposant dispositif au terme de celui-ci, théâtre habituel de nombreux affrontements toulousains.
Sur la place de la République, noire d’une foule extrêmement compacte depuis la fin de la matinée, le cortège a commencé à s’élancer au ralenti en début d’après-midi sur le boulevard Magenta en direction de la place de Clichy dans une ambiance sereine et bon enfant.
Mais à quelques dizaines de mètres de là seulement, du côté de la rue du Faubourg-du-Temple, la police fait usage depuis la fin de la matinée de gaz lacrymogène pour disperser des agitateurs qui se sont mêlés au rassemblement avec des intentions de toute évidence moins pacifiques.
Plusieurs dizaines de jeunes habillés en noir et le visage masqué sont en train de débouler depuis le kiosque à journaux saccagé en direction de la rue Beaurepaire. Certains commencent à s’attaquer au rideau de fer du Franprix qui fait l’angle. Plusieurs jeunes s’engouffrent dans la supérette, dont ils ressortent avec des bouteilles de whisky, tandis que d’autres jettent des oranges à la foule.
Les manifestants les plus âgés ne peuvent masquer leur désapprobation face à cette distribution gratuite de biens de consommation. D’autres, plus jeunes, encouragent les pilleurs et accueillent les oranges qui tombent du ciel en lançant : « On a faim, on a faim. »
A Besançon, « il n’y a pas un combat plus important qu’un autre : on est dans une situation d’urgence »
À Besançon (Doubs), la place de la Révolution était noire de monde dès 14 heures avant même le départ de la manifestation. Beaucoup de lycéens, des « gilets jaunes » venus de différents coins alentour (Morteau, Pontarlier…), des familles avec enfants, des étudiants, les calicots d’organisations syndicales et de divers partis de gauche (Action antifasciste, LFI, le PCF, le NPA, Les Ecologistes).
Camila, 22 ans, en deuxième année de master pour devenir professeure d’anglais, tenait à être présente avec ses quatre amies, étudiantes elles aussi. Camila porte le voile, a revêtu un gilet jaune et brandi sa pancarte : « + Capes, − CRS #profencolere. » Avant, elle n’osait pas manifester par crainte des violences policières. Elle est descendue pour la première fois dans la rue il y a peu pour manifester contre la proposition de loi visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, qualifiée par ses opposants de « permis de tuer ». Elle a soutenu le mouvement lycéen.
Aujourd’hui ? Elle est là pour « tout un tas de revendications » qu’elle tient à ne pas hiérarchiser : le coût de la vie devenu impossible, l’inflation, les bourses étudiantes (elle est échelon 6) et les APL gelées, sa mère AESH qui « trime », sa petite sœur collégienne. « Il n’y a pas un combat plus important qu’un autre : on est dans une situation d’urgence. » Sa plus grande crainte ? Que le Rassemblement national qui « monte les Français les uns contre les autres » arrive au pouvoir en 2027. Son grand sourire s’efface soudain.
La place se met à entonner « Siamo tutti antifascisti » (« nous sommes tous antifascistes »), puis des lycéens proclament « Kebab à 5 € ». Elle sourit de nouveau et brandit son téléphone pour filmer. Elle a repéré une pancarte qu’elle veut absolument photographier : « 1961 noyés, 2026 révoltés » en référence au massacre d’Algériens le 17 octobre 1961 par la police française.
A Rouen, lycéens, étudiants, « gilets jaunes » et syndicalistes se sont rassemblés place Joffre
A Paris, place de la République,
Place de la République, lieu autorisé de départ du cortège, la foule se masse dans une tension croissante. Certains accès ont été bloqués, mais la foule continue d’affluer, jeune dans sa grande majorité. Des petits groupes tentent de détruire du matériel urbain, d’allumer des feux, des tirs de grenades lacrymogènes ont déjà eu lieu, des mouvements de plaque font de grandes vagues, cela ressemble plus à une fin de manifestation qu’à un début.
Venu de Soissons, Benjamin, avec un gilet « irréductible gaulois » sur le dos, cherche « tous les potes » qui se perdent dans les vagues de la foule. En quelques heures depuis ce matin, il s’est fait charger, nasser rue du Faubourg-Saint-Denis et confisquer son casque de chantier.
Au milieu des tirs de mortier d’artifice, le chef de chantier dit, en premier, son exaspération face aux violences policières. « On nous coince comme ça et on provoque la situation pour toutes les violences. J’aimerais qu’on puisse manifester pacifiquement, la situation est grave en France, et nous ne sommes pas les gauchistes factieux dont ils parlent sur les plateaux télé. »
Près de Besançon, « si on veut qu’un mouvement aille au bout, il faut qu’il agrège toutes les couches sociales »
A Besançon, ils sont une petite centaine, « gilets jaunes » canal historique, étudiants en lettres, en psychologie et sociologie, lycéens, à avoir bravé la pluie et être venus au premier rendez-vous donné à 10 heures sur le rond-point du bowling de Chalezeule, lieu historique des « gilets jaunes » du coin, qu’une micro-poignée d’entre eux n’a cessé d’occuper depuis 2018. La « convergence des luttes » que l’on espère donner à voir ce 17 octobre ici se raconte d’abord par les vêtements : une dizaine de chasubles jaunes, des keffiehs, des perruques, des capuches et des sacs Eastpak.
Sont présents les « gilets jaunes » historiques : Fred Vuillaume, agent d’entretien en lycée et délégué syndical Force ouvrière, « Patouille », intérimaire, ou encore Odile, surnommée « la Dilette », aide-soignante retraitée qui distribue gobelets de café et thé. Il y a aussi Alexandra, ancienne aide soignante devenue secrétaire, qui vient certains samedis depuis un an. Et Marine, auxiliaire de vie et mère célibataire, qui a rejoint le rond-point il y a de ça deux samedis parce que « là, c’est plus possible. Les professions craquent les unes derrière les autres ».
En terminale générale au lycée Louis-Pergaud, représentante de l’Union syndicale lycéenne et mobilisée depuis le début du mouvement lycéen, Justine, fille d’un agent d’entretien et d’une formatrice, tient à montrer au gouvernement que « l’essoufflement qu’il espère » n’aura pas lieu, au contraire. « Il faut qu’il y ait une convergence entre lycéens, “gilets jaunes” et travailleurs. Si on veut qu’un mouvement aille au bout, il faut qu’il agrège toutes les couches sociales. »
A Lyon, l’office du tourisme en flammes, climat insurrectionnel place Bellecour
Après de nombreux assauts contre ses vitres, l’office du tourisme de Lyon vient d’être incendié. Les flammes ravagent le bâtiment, une épaisse fumée s’élève de la place Bellecour, s’ajoutant aux vapeurs de lacrymogène. Le feu du bâtiment a déclenché une pluie de grenades destinée à disperser les casseurs.
La plus grande confusion règne sur la place centrale de la capitale des Gaules. Les explosions succèdent aux slogans hostiles. Pendant que des casseurs affrontent les cordons policiers disposés aux accès de la place, la foule semble tourner en rond. L’air devient irrespirable. Un défilé improvisé en direction du Vieux-Lyon a été bloqué par la police, alors que des rassemblements se forment dans les rues qui entourent la place. « Gilets jaunes », étudiants, syndicalistes se mêlent aux mouvements désordonnés.
Tensions place de la République à Paris
Bordeaux, affrontements et gaz lacrymogènes ; les manifestants ne parviennent pas à avancer
Sur les quais de Bordeaux, avant même le rendez-vous donné place de la Bourse à 14 heures, des salves de gaz lacrymogène sont envoyées pour disperser d’emblée les manifestants. Les yeux rougis, Charline, 16 ans, sa grande sœur Eva, 25 ans, reprennent leurs esprits, pancarte brandie. Elles sont venues accompagnées de leur papa, qui préfère veiller sur elles, et qui est là « et par conviction », appuie-t-il. « Il ne se passait rien, ils ne voulaient pas qu’on avance, il y a trop de monde, ils se sentaient dépassés », explique le père de famille, encore surpris par la stratégie des forces de l’ordre.
« Je suis dans un lycée privé, je suis assez privilégiée, mais on est allées prêter main-forte notamment dans d’autres lycées, notamment à Montaigne, explique Charline. On est assez en colère, ça ne va pas retomber. Il y a un ras-le-bol général qui n’est pas près de s’arrêter », poursuit-elle. « Il n’y a pas que les étudiants aujourd’hui. C’est bien, on voulait la mobilisation de tout le pays, on y est parvenus, abonde sa sœur à ses côtés. Je ne suis pas très rassurée, je vois ce qu’il se passe sur les réseaux, ça fait peur. J’ai déjà mal aux yeux, j’ai peur que les CRS chargent. Je n’aime pas la violence, mais c’était important d’être là », ajoute Eva, rassurée que son père soit avec elles.
Les manifestants, très nombreux, ne parviennent pas à avancer dans les rues de Bordeaux. Les salves de gaz lacrymogènes sont incessantes. Un feu s’est déclaré près de la place du Parlement, les affrontements sont nombreux sur les quais, à proximité de la porte Cailhau. Du jamais vu pour une journée de mobilisation.
La situation est tendue à Lyon, samedi, où l’office de tourisme, situé sur la place Bellecour, est en proie aux flammes. Sur des images filmées par notre correspondant sur place, d’épaisses volutes de fumée s’échappent du bâtiment qui borde immédiatement la place, lieu de rassemblement d’une manifestation non déclarée.
La situation reste très tendue sur la place de la République, à Paris. Alors que des manifestants se sont élancés il y a quelques instants vers la place de Clichy via le boulevard Magenta et que d’autres manifestants continuent d’affluer sur la place de la République, la Préfecture de police de Paris fait savoir que les forces de l’ordre ont fait usage d’un canon à eau et de gaz lacrymogène face à « plusieurs centaines d’individus violents ».
La préfecture annonce que 133 personnes ont été interpellés, selon un dernier bilan diffusé à 14 heures, « essentiellement pour groupements en vue de commettre des violences ou dégradations et violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique ».
La manifestation citoyenne s’élance de la place de la Comédie, à Montpellier
Parmi ces mesures, figure l’interdiction, à l’article 2, « aux abords et au sein des cortèges, défilés et rassemblements [du] port et [du] transport d’équipements de protection destinés à mettre en échec tout ou partie des moyens utilisés par les représentants de la force publique pour le maintien de l’ordre public ».
Il est aussi interdit de porter ou transporter des « armes par nature » ou des objets pouvant en constituer une, des artifices de divertissement ainsi que des « substances ou mélanges dangereux, inflammables ou corrosifs ».
Ces mesures ne valent que pour la seule situation à Paris le 17 octobre.
Vous parlez certainement du cheval de Troie, construit par les étudiants de l’Ecole Boulle, qui s’est élancé samedi matin de la Sorbonne-Nouvelle. Il « représente la ruse à laquelle a recouru Ulysse pour abattre la cité de Troie. Donc, symboliquement, c’est hyperfort » », a estimé un étudiant auprès de notre journaliste sur place. Le voici en photo :
Plusieurs dizaines de manifestants ont pénétré brièvement samedi dans le hall de la mairie de Marseille, sur le Vieux-Port, après en avoir enfoncé la porte, ont constaté des journalistes de l’Agence France-Presse et de BFM-TV. Ces manifestants ont été dispersés par les forces de l’ordre, qui se sont positionnées devant la mairie pour en empêcher l’accès.
Interrogé sur BFM-TV, le maire de Marseille, Benoît Payan, a fait état de « dégâts assez limités », dont une table retournée et des carreaux cassés. « C’est inacceptable de se servir de ce type de revendications pour s’introduire, casser, abattre ce ciment national », a déploré M. Payan. Lors du mouvement, un buste de Marianne a été renversé, « censée représenter toutes les Françaises, tous les Français ». « J’espère que les forces de sécurité ont pu faire des interpellations », a-t-il aussi déclaré, rejetant toute violence dans le cadre de la mobilisation de samedi et qualifiant les casseurs d’« idiots utiles de l’extrême droite ».
L’orchestre du Nouveau Monde, formation de musique classique qui accompagne depuis le début le mouvement lycéen, avait prévu de donner un concert place de la République à 13 heures. Les répétitions ont commencé à 11 h 30, dans une ambiance très joyeuse, au milieu de la place. Un cordon avait été installé autour des 400 musiciens, qui étaient rejoints pour l’occasion par une centaine de choristes.
A 12 h 20, alors que des drones survolaient la place, les forces de l’ordre ont commencé à envoyer sur l’orchestre des gaz lacrymogènes et à lancer des grenades assourdissantes présente sur place. L’orchestre a continué à jouer malgré cela pendant une vingtaine de minutes, mais les envois de gaz et de grenades ont continué, et les musiciens ont fini par se disperser.
A Toulouse, avant même la grande manifestation prévue à 14 heures par l’intersyndicale CGT-FSU-Solidaires au départ des allées Jean-Jaurès, un peu partout dans la ville des actions ont débuté pendant la matinée. La préfecture de Haute-Garonne ayant interdit tout accès au centre-ville, vendredi et samedi sur la place du Capitole, la fête des vendanges a été annulée. Devant la gare Matabiau, où une centaine de personnes ont tenté de bloquer les accès, comme devant la Bourse du travail ou sur le rond-point de Sesquières, au nord de la ville, de nombreuses tentatives de blocages étaient recensées en milieu de journée.
« Le fonctionnement des bibliothèques et médiathèques est perturbé », informent les bibliothèques de Toulouse. De nombreux contrôles, puis une vingtaine d’interpellations, seraient en cours, sans que la préfecture confirme l’information, relayée sur plusieurs réseaux sociaux.
Sous sa pancarte « Moins de gardes à vue, plus de moyens pour les bahuts », Juliette, 16 ans, scolarisée dans une école privée, explique : « Je viens parce que la situation est révoltante, dans nos lycées et le service public en général », dit-elle. A ses côtés, Noémie, 16 ans également, n’a pas pu faire grève jusqu’à présent. Elève du lycée Airbus, qui prépare aux métiers de l’aéronautique, elle affirme : « La direction nous a fait comprendre qu’on serait virés en cas de grève. » Alors que quelques tirs de gaz lacrymogènes sont visibles au loin, le cortège devrait se mettre en marche vers 14 heures, sous une pluie fine.
A la mi-journée, 32 800 manifestants dans les régions et 166 interpellations, selon le ministère de l’intérieur
A la mi-journée, à midi, « 140 actions avec 32 800 personnes étaient dénombrées en province dans le cadre du mouvement du 17 octobre », a fait savoir le ministère de l’intérieur, ajoutant que 166 interpellations avaient eu lieu sur le territoire national.
« Ces actions se caractérisent par des opérations violentes et ciblées en certains endroits par des individus cagoulés et constitués en black blocs (notamment à Paris, Marseille, Rennes, Toulouse, Angers… ) », a détaillé le ministère, soulignant qu’à Marseille, « sur la Canebière, des magasins ont été vandalisés et le poste de police municipal a été dégradé ». « Conformément aux instructions du ministre de l’intérieur, ces exactions et les tentatives de blocages ont fait l’objet d’interventions rapides et réactives des forces de sécurité intérieure », poursuit-il.
Près de Besançon, à Chalezeule, au rond-point du bowling, un conciliabule se tient pour savoir quoi faire ensuite. On propose de bloquer la rocade. Un vote à main levée a lieu pour savoir si les journalistes sont autorisés à écouter. La majorité décide que non. « Le Monde, média bourgeois du pouvoir », crie un « gilet jaune ».
Finalement, un petit cortège de lycéens et de « gilets jaunes » canal historique s’élance de quelques mètres à la queue leu leu sur le haut de la rue de Belfort aux cris de « Macron voleur » ou « Grève blocage manif sauvage. Le gouvernement [ne] comprend qu’un seul langage ». Ils restent là une heure à tourner sur les passages piétons, sous l’œil des policiers. Quelques danses TikTok de Fortnite. D’autres ne suivent pas. Odile, surnommée « La Dilette », aide-soignante retraitée, reste en retrait et fait la moue, visiblement pas convaincue par la tournure de sa matinée. Un policier, goguenard, habitué des mobilisations bisontines : « Ah, tiens, je ne connaissais pas les “opérations passage piéton” ».
Le cortège se clairsème avant le deuxième rendez-vous de l’après-midi : la manifestation au départ de la place de la Révolution à l’appel de certains syndicats et certaines professions. Marine, l’auxiliaire de vie, nouvelle sur le rond-point, veut croire que ce 17 octobre n’est qu’un début : « Je ne pense pas que ça va s’essouffler, ça va plutôt éclater, et il le faut parce que je pense qu’on est vraiment dans un changement d’histoire. L’avenir de la France va changer de direction pour reconstruire une France meilleure, plus humaine, plus solidaire et plus unie entre nous. »
La police qui envoie des lacrymogène sur l'orchestre du nouveau monde place de la République a paris c'est normal
Sur le rond-point des Vaches, lieu de convergence des colères normandes : « Les politiques ne s’embêtent pas pour augmenter leurs frais et leurs indemnités »
Autour du rond-point des Vaches, près de Rouen, beaucoup de travailleurs aux revenus modestes, avec ou sans gilet jaune, qui projettent de voter pour La France insoumise, le Rassemblement national, ou « pas pour les extrêmes ». En commun, le fait d’avoir tous pris de plein fouet l’envolée des prix du carburant.
Impossible pour Johnny, 42 ans, de se passer de sa voiture. Ce manutentionnaire-magasinier-cariste fait les trois-huit, commençant tantôt à 6 heures, à 14 heures ou à 22 heures : « Il n’y a pas de transport en commun. J’ai même pensé y aller en trottinette, mais c’est une voie rapide. » Il gagne 1 500 euros par mois, comme sa femme, fonctionnaire. « Trois mille euros à deux, avec deux enfants, avec tout ce qu’on paye, il reste plus grand-chose. » Lui espère « la révolution ».
Petit entrepreneur dans le bâtiment, Cyril, 43 ans, voit « tout qui augmente, [ses] charges, [sa] TVA, c’est la crise pour [eux] depuis le Covid ». « Tout augmente sauf notre salaire, se désole aussi Laura, 43 ans, fonctionnaire territoriale. Depuis les “gilets jaunes”, l’essence a pris au moins 80 centimes ! Moi, au 1er juin, mon niveau de salaire a été rattrapé par le niveau du smic. Quand j’ai commencé, il y a quatre ans, j’étais bien au-dessus ! Ça fait mal, ce manque de reconnaissance. Les politiques, eux, ils ne s’embêtent pas pour augmenter leurs frais et leurs indemnités, mais pour les petits salaires qui font tourner le pays, il n’y a rien ! »
De la Sorbonne nouvelle, un cheval de Troie s’est élancé samedi matin, construit par les étudiants de l’Ecole Boulle. Pour Gabriel, « il représente la ruse à laquelle a recouru Ulysse pour abattre la cité de Troie. Donc, symboliquement, c’est hyperfort », explique l’étudiant en métiers d’art et du design. « Il faut montrer que le mouvement continue et garde de l’ampleur pendant les vacances, il ne faut surtout pas s’arrêter », complète Elise, pour qui rejoindre le mouvement des « gilets jaunes » prend ainsi tout son sens.
Anna, étudiante en arts du spectacle, ressent « à la fois de la tristesse et de l’amertume ». « On se sent très abandonnés, en fait, alors que nous sommes une génération qui a besoin d’aide », confie-t-elle.
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A Dinan, « il était temps qu’on sorte notre cul du canapé et qu’on remette notre gilet jaune »
Samedi matin, Denis Leroy, 64 ans, est le premier sur le rond-point de l’Aublette, à Dinan (Côtes-d’Armor). Ce cuisinier à la retraite a ressorti son gilet jaune pour la première fois depuis 2019. Dessus, il a inscrit son surnom de « lutte » : Astérix. « Depuis la fin du mouvement, on vit en regardant nos écrans. La révolution ne se fait pas derrière son ordinateur. Il était temps qu’on sorte notre cul du canapé et qu’on remette notre gilet jaune », clame-t-il. Denis Leroy brandit différentes pancartes vers les automobilistes : « Va falloir dégraisser, députés, sénateurs, ministres » ou « + de services publics non désertiques ».
Alain, dit « Pépé », arrive à son tour sur le rond-point de la sous-préfecture, surveillé par trois gendarmes. Gilet jaune sur le dos, il salue la quarantaine de manifestants présents. Il ne connaît personne. Il vit à Plancoët, à une vingtaine de kilomètres. En 2018-2019, il militait sur d’autres ronds-points. « Notre pouvoir d’achat ne cesse de se dégrader. En 2018-2019, on était dans la rue à cause du prix de l’essence à presque 2 euros le litre. Elle est à 2,25 euros aujourd’hui. On n’en peut plus », s’agace cet aide-soignant.
Il ne participera pas à la manifestation commune organisée en début d’après-midi. Il attend de voir la pertinence de la convergence des luttes. Et puis, il ne souhaite pas brûler plus d’essence : « A Paris, ils ne savent pas ce que c’est que de vivre à la campagne. Je passe mon temps à réfléchir à mes déplacements pour les coupler. Ressortir pour aller à la boulangerie coûte deux litres d’essence. Soit 5 euros. A la fin du mois, ça fait 150 balles. »
A Paris, « on espérait aller à l’Elysée, mais là je crois que ça ne va pas être possible »
Il n’y a plus vraiment de mots d’ordre, juste des groupes et des messages pour se retrouver qui se croisent dans un grand désordre. Dans les multiples groupuscules de connaissances qui s’agrègent et se perdent à partir de la gare du Nord, on est habillé en « full black » avec quelques gilets jaunes, et chacun cherche une voie dans les ruelles pour se faufiler vers le centre de Paris. Objectif espéré : la Concorde. « Grève blocage manif sauvage ! » « A Bas Macron ». Les manifestants sont jeunes et ils jouent à un jeu compliqué pour échapper à leurs poursuivants. Rue du Faubourg-Saint-Denis, la police les coince déjà, avec force charges et gaz lacrymogènes. Ça frappe dur. Des volées de manifestants partent en courant, s’égayent dans les rues vers Opéra. « A droite ! À gauche ! Ils sont derrière, fonce tonton ! »
Il y a bien une centaine de personnes à présent, mais la course-poursuite avec la police va laminer les troupes. On sprinte, surtout dans les tournants, quand les derniers de la cavalcade se font plaquer sèchement et arrêter, tandis que devant, à un rythme effréné, les plus déterminés arrachent les palissades des chantiers sans quasiment s’arrêter. Quentin suit ce rythme depuis deux heures qu’il a émergé du RER de la gare de Lyon et il se rend compte : « On espérait aller à l’Elysée, mais là je crois que ça ne va pas être possible. »
Les transports sont impactés par la mobilisation nationale samedi, en ce premier jour des vacances scolaires, a fait savoir le ministre des transports, Philippe Tabarot, sur X. Selon ses informations :
- A Paris, des stations de métro sont fermées de manière préventive, sur demande de la Préfecture de police ;
- A Lille, un barrage filtrant a été installé au niveau de la sortie « Lille Centre » sur la RN 356 et perturbe la circulation ;
- De forts ralentissements sont signalés sur la RN 12, à hauteur de Saint-Brieuc, en raison d’une opération escargot ;
- A Rennes, la rocade, un temps coupée dans les deux sens, est de nouveau opérationnelle. A Grenoble et Foix, des blocages signalés ont été levés, selon le ministre.
Deux arrêtés de la Préfecture de police fixent les parcours autorisés pour les manifestations de samedi :
- Pour la mobilisation lycéenne et étudiante déclarée par l’Interfac IDF : rassemblement place de la République à partir de 11 heures, puis passage par le boulevard Voltaire et dispersion place de la Nation à 19 heures. Le parcours initial prévu vers Concorde est interdit. L’Interfac IDF n’a toutefois pas accepté le tracé proposé par la Préfecture de police. Une conférence de presse des organisations lycéennes et étudiantes se tiendra à 13 heures.
- Pour le collectif se revendiquant des « gilets jaunes », l’UD CGT et les syndicats associés : un parcours commun est autorisé de République à la place de Clichy, passant par le boulevard Magenta, le carrefour Barbès-Rochechouart et le boulevard de Clichy. Les itinéraires initiaux prévus entre Bastille et Opéra sont interdits. L’arrêté ne précise pas d’horaire pour ce parcours de remplacement, que les déclarants avaient refusé.
A Lyon, des regroupements disparates systématiquement dispersés par la police : « C’est tout de suite ultraviolent »
A Lyon, un rassemblement était proposé sur les réseaux sociaux, samedi à 10 heures, devant le site universitaire de la Manufacture des tabacs. A l’heure dite, un regroupement d’environ 300 jeunes gens est immédiatement dispersé par des gaz lacrymogènes et des charges policières. « Des jeunes ont sorti des poubelles et ont tapé dessus, les policiers ont directement chargé. On a eu peur, c’est tout de suite ultraviolent, ça me choque », témoigne Estelle, 49 ans, venue de Bron avec ses deux filles adolescentes.
Une demi-heure après, la scène se répète, plus tendue. Une centaine de jeunes gens en noir, parsemés de quelques « gilets jaunes », dispose des barrières, prélevées sur un chantier, tout autour du croisement entre le cours Gambetta et le boulevard des Tchécoslovaques. Un hélicoptère tourne dans le ciel. Une colonne de policiers arrive en courant. Les jeunes gens filent dans les rues adjacentes, en passant derrière le portrait géant de Jean Moulin, près de l’ancienne prison Montluc.
Le carrefour est dégagé. « Ça gaze, il faut être mobile », dit Navo (surnom). L’étudiante consulte son téléphone portable à la recherche d’un autre point de rassemblement. Un groupe d’étudiantes de la faculté catholique préfère reprendre le métro, leurs pancartes colorées sous le bras. Toute la ville est plongée dans un climat instable, inédit, avec des groupes disparates cherchant des voies d’expression, et des forces de l’ordre mobiles, décidées à systématiquement disperser la foule contestataire.
Paris : 61 interpellations à 11 heures, annonce la préfecture de police
En milieu de matinée, à Paris, deux « cortèges sauvages » se sont formés, entraînant l’intervention des forces de l’ordre pour les disperser, a annoncé la préfecture de police (PP). Selon la même source, à 11 heures, 61 interpellations et 589 contrôles préventifs avaient été réalisés et quatre amendes forfaitaires délivrées.
Le premier cortège, un rassemblement syndical, composé d’une centaine de personnes, selon la PP, s’est formé dans le secteur de la gare du Nord avant de rejoindre la rue du Faubourg-Saint-Denis. Le second, composé de lycéens et d’une ampleur similaire, a débuté rue de Rennes, a complété la préfecture de police.
Près de Rouen, « depuis 2018, rien n’a changé ; on a même aujourd’hui encore plus de raisons de se mobiliser qu’hier »
Une centaine de « gilets jaunes » bloquent par intermittence le rond-point des Vaches, à Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen. Parmi elles, Jimmy, 35 ans, technicien dans la sécurité informatique, déjà mobilisé il y a huit ans, qui retrouve des visages connus. Les liens forgés alors ne se sont jamais défaits – certains se retrouvent encore là les jeudis et vendredis soir. « Se retrouver ici, c’est le plus facile, mais pas forcément le plus utile, ça va plutôt se passer à Rouen cet après-midi », espère-t-il.
Plusieurs rendez-vous sont donnés à 14 heures, dans les cortèges déclarés ou en dehors. « Depuis 2018, rien n’a changé, continue-t-il. Sur le prix des carburants, le coût de la vie… Les cahiers de doléances ont été ignorés, Macron n’a rien fait pour l’écologie ou pour une répartition plus juste des richesses, au contraire : la France a le record de la distribution de dividendes en Europe, les plus gros patrimoines n’ont fait que s’accroître. Et le gouvernement a passé la réforme des retraites au 49.3. Donc, on a même aujourd’hui encore plus de raisons de se mobiliser qu’hier ! »
Au rond-point du bowling, à Chalezeule, point de ralliement des « gilets jaunes » bisontins
Une cellule interministérielle de crise en cours pour suivre la mobilisation sociale
Une cellule interministérielle de crise (CIC) se tient en ce moment, entre les directeurs de cabinet du premier ministre, du ministre de l’intérieur et les autres membres du gouvernement concernés, pour suivre la mobilisation sociale de samedi.
Selon l’entourage de Sébastien Lecornu, vendredi, la décision avait été calée avec le ministère de l’intérieur à l’initiative du directeur de cabinet du premier ministre. L’entourage du ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, avait auparavant affirmé à l’Agence France-Presse que ce dernier avait proposé au premier ministre de convoquer cette cellule de crise.
Le siège parisien de CNews a été pris pour cible samedi matin par une centaine de personnes, a fait savoir la Préfecture de police de Paris. « Informer doit pouvoir se faire sans peur, sans intimidation et sans violence », a réagi auprès de l’Agence France-Presse la chaîne d’information conservatrice, qui appartient au milliardaire promouvant des idées d’extrême droite Vincent Bolloré.
Aux alentours de 7 heures, selon la Préfecture de police, une centaine « d’individus cagoulés » ont bloqué l’accès au parking devant le bâtiment de la chaîne, dans l’ouest de la capitale, qui abrite également la rédaction d’Europe 1. Les manifestants ont jeté des projectiles et brisé des vitres. Des images sur les réseaux sociaux montraient également des barrières renversées.
« Nous déplorons toute violence envers quiconque, que ce soit pour nous ou pour nos confrères, a précisé la chaîne. La liberté de la presse, essentielle à notre démocratie, repose aussi sur la possibilité pour chaque journaliste d’exercer son métier en sécurité, quelle que soit sa rédaction. »
Après intervention des forces de l’ordre, 21 personnes ont été interpellées, a dit la Préfecture de police.
Sur le rond-point des Vaches, haut lieu des « gilets jaunes » normands
Quarante interpellations dans l’agglomération parisienne à 9 h 30
Quarante personnes ont été interpellées samedi matin dans l’agglomération parisienne, principalement pour « port d’armes ou de protections prohibées », selon un bilan communiqué à 9 h 30 sur X par la Préfecture de police.
Ces interpellations ont lieu dans le cadre de contrôles renforcés organisés à l’occasion des mobilisations du 17 octobre, précise la Préfecture.
Plusieurs cartes participatives recensent les rassemblements
Plusieurs sites proposent de repérer les mobilisations annoncées pour ce samedi en France. Outre 17octobregiletjaune.net, Mobilisationgiletsjaunes.fr annonce une carte enrichie de photos, de vidéos et de directs de participants.
De son côté, 17octobre. app se présente comme un outil de signalement en direct, permettant notamment de localiser des incidents ou des points de ravitaillement. Ces cartes participatives recensent des annonces et des contributions : elles ne garantissent ni la tenue effective des rassemblements ni leur autorisation par les autorités.
« La journée va être longue » : près de la gare Saint-Lazare, des manifestants contrôlés
Le jeune homme d’une vingtaine d’années était en train de dire avec un sourire voluptueux : « Ce soir, quoi qu’il arrive, on dort dans le lit de Macron. » Son petit groupe de « gilets jaunes », arrivés pile à l’heure pour répondre à l’appel à se réunir devant la gare Saint-Lazare, à 10 heures, acquiesçait.
La conversation a été interrompue à 10 h 05 par l’arrivée, à moto, d’éléments de la BRAV-M. Contrôles, fouilles. Une vingtaine de personnes, qui parlaient de « révolution » et de « se faire entendre », est isolée au milieu du dispositif policier. L’un des « gilets jaunes » avait prédit : « La journée va être longue. Il y a aura le cortège bien gentil qui ne sert à rien et puis on verra, de toute façon personne ne nous écoute. »
A Paris, deux parcours autorisés au départ de République pour ce samedi
Deux arrêtés de la Préfecture de police fixent les parcours autorisés pour les manifestations de samedi 17 octobre :
- Pour la mobilisation lycéenne et étudiante déclarée par l’Interfac IDF : rassemblement place de la République à partir de 11 heures, puis passage par le boulevard Voltaire et dispersion place de la Nation à 19 heures. Le parcours initial prévu vers Concorde est interdit.
- Pour le collectif se revendiquant des « gilets jaunes », l’UD CGT et les syndicats associés : un parcours commun est autorisé de République à la place de Clichy, passant par le boulevard Magenta, le carrefour Barbès-Rochechouart et le boulevard de Clichy. Les itinéraires initiaux prévus entre Bastille et Opéra sont interdits. L’arrêté ne précise pas d’horaire pour ce parcours de remplacement, que les déclarants avaient refusé.
📷 A Marseille, la manifestation s’ouvre dans un nuage de gaz lacrymogènes
Jordan Bardella estime que les manifestants du 17 octobre seront là avant tout pour « porter atteinte à l’ordre public »
Absent des mobilisations lycéennes, le Rassemblement national (RN) n’encourage pas davantage la mobilisation du 17 octobre. En marge d’un déplacement vendredi au Mondial de l’auto, son président, Jordan Bardella, a qualifié dans des termes sévères les manifestations à venir, n’y voyant qu’une source de désordre.
« La mobilisation sociale est un prétexte, demain, pour l’ensemble des groupuscules d’extrême gauche qui vont venir derrière Jean-Luc Mélenchon, de se rassembler autour de tout ce que la France compte de permanents syndicaux, de groupuscules violents et de milices antiflics », a déclaré Jordan Bardella, dont les élus ont focalisé leur attention sur les débordements en marge des manifestations lycéennes.
« Il y aura des débordements », a-t-il pronostiqué. Au risque de sembler en décalage avec son électorat, qui est inquiet face aux questions de pouvoir d’achat, le député européen d’extrême droite a estimé que les manifestants seraient là avant tout pour « porter atteinte à l’ordre public ».
La CGT réclame au gouvernement des « réponses politiques »
Interrogée sur les risques de débordements et la sécurisation des cortèges, Agathe Le Berder, membre du bureau confédéral de la CGT, a estimé sur RMC que l’important était « d’être le plus nombreux possible ». Elle a précisé que la CGT était présente « là où les conditions le permettent ».
« On ne peut pas répondre à une mobilisation sociale à partir de la place Beauvau », a-t-elle ajouté, réclamant au gouvernement des « réponses politiques » sur le budget, les salaires et le blocage des prix du carburant.
La responsable syndicale a également rappelé l’appel à la grève du 5 novembre, lancé par sept organisations.
Lyon : plusieurs groupes dispersés, une intervention en cours sur les quais du Rhône
La police est intervenue sur les quais du Rhône, avec l’appui de CRS, face à une centaine de personnes, qualifiées d’« hostiles » par la préfecture.
Selon cette même source, plusieurs groupes ont été dispersés : une quarantaine de personnes sur le pont de la Guillotière ; une quinzaine au rond-point de la Feyssine ; et une dizaine à proximité de la raffinerie de Feyzin.
Des barricades enflammées interrompent la circulation sur la rocade de Rennes
Des manifestants ont installé des barricades enflammées sur la rocade de Rennes, à hauteur de la porte de Villejean, interrompant la circulation, a annoncé sur X la préfecture de Bretagne, qui évoque une manifestation non déclarée.
Selon la préfecture, les personnes présentes ont quitté les lieux à l’arrivée des forces de l’ordre. Le secteur est en cours de sécurisation par les services routiers et les pompiers.
Une intervention est également en cours route de Lorient, où des manifestants ont lancé des pavés contre les forces de l’ordre, ajoute la préfecture. Elle recommande d’éviter les deux secteurs et de laisser le passage aux véhicules de secours.
Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT : « Il faut comprendre la gravité de la situation »
Vendredi, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a estimé que la journée d’action prévue samedi « montr[ait] l’ampleur de la colère » des Français, en fédérant des revendications multiples des « gilets jaunes » aux lycéens. « Il faut comprendre la gravité de la situation : aujourd’hui, s’acheter des tomates, des courgettes ou faire le plein, ça devient une consommation de luxe. Il y a des millions de travailleurs et de travailleuses qui sont complètement asphyxiés et qui n’arrivent plus à s’en sortir », a-t-elle exposé.
Pour Mme Binet, le « point commun » de toutes les revendications, « c’est de dire qu’il faut que le gouvernement prenne l’argent là où il est, dans les poches des milliardaires, des rentiers, des plus grandes entreprises ». Et ces mots d’ordre « rejoignent » ceux de la jeunesse, a-t-elle estimé, contestant tout essoufflement du mouvement des lycéens, avancé par le gouvernement.
Ce dernier « se met le doigt dans l’œil jusqu’au coude », a-t-elle lancé. « Dans toute mobilisation, il y a des hauts et des bas », mais « ce que nous constatons sur le terrain, c’est à quel point la colère est profonde » et « s’élargit aux étudiants et étudiantes, à des écoles privées, extrêmement prestigieuses ».
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